Développer des lieux plus inclusifs pour les enfants et leur famille

La période de l’enfance et plus particulièrement la petite enfance est particulièrement sensible en ce qui concerne la qualité du développement : c’est à ce moment que le potentiel de santé et les sphères des apprentissages sont façonnées. Les conditions de bien-être, les expériences de vie des enfants, le soutien qu’ils obtiennent de leur environnement prédéterminent des trajectoires pour les dimensions cognitives et socio-émotionnelles à long terme. De nombreux témoignages le rappellent tout au long de l’histoire comme celle de Thomas Edison ou plus proche de nous celle du chanteur Mika.

L’ONE, dans la réflexion menée, a opté davantage pour une réflexion qui amène à déterminer des conditions concrètes pour que chaque service soit le plus inclusif possible. En effet, il ne suffit pas de se référer à des principes théoriques.  Chaque jour, différentes situations de terrain interrogent ces principes généraux.

Prenons la situation de la PEP's qui doit accompagner une mère venant de découvrir la déficience de son enfant à la naissance et qui détourne le regard. On sait qu’il peut y avoir un décalage entre l’enfant rêvé et l’enfant réel qui peut amener, quand il est mal vécu, une difficulté dans la rencontre entre l’enfant et sa mère. Le handicap peut confronter encore davantage à cette difficulté : le fait de réfléchir à la manière de soutenir ce lien dans cette situation particulière permet de donner des réponses à d’autres situations qui ont également posé problème.

Il y a une différence fondamentale qui sous-tend les notions d’«inclusion» et celle d’«intégration». Quand ils·elles se réfèrent à la notion d’intégration (celle de l’enfant à l’école par exemple), les professionnel·le·s partent de la situation d’un enfant en particulier et tentent, le plus souvent en équipe pluridisciplinaire de réfléchir à ce qui pourrait être mis en place pour faciliter son accueil individuel et dégager des pistes concrètes, par exemple, en mettant à sa disposition un·e professionnel·le spécialisé·e à certains moments de la journée ou en faisant appel à des professionnel·le·s d'autres secteurs.

Le mouvement de l’inclusion est beaucoup plus exigent et est articulé à une posture d’accueil : il demande aux professionnel·le·s de terrain de réfléchir, avec l’ensemble de leur réseau, à la manière dont leur structure peut répondre aux besoins de tous, aux conditions qu’elle va mettre en place pour que chacun se sente et soit le bienvenu. Dans ce type d’approche, la collaboration est incontournable. L’enjeu de l’inclusion est de parvenir à une société plus juste et équitable pour tous quelles que soient leurs particularités, déficience, situation de précarité, primo-arrivants… Présentant deux modèles de prise en compte de l’accueil des personnes réfugiées en Belgique, Andréa Rea indique que « le parcours d’accueil, défendu par la Région wallonne, amène une posture de réciprocité qui est absente des parcours dits d’intégration où il s’agit de mettre des conditions à l’accueil, d’imposer des obligations » (février, 2016).

Nous avons, à partir de différents travaux européens, construit une définition de ce que serait un lieu inclusif où chacun est le bienvenu, afin de déterminer le type de services souhaité pour le public. L'accès aux services n'est bien entendu pas une obligation, mais est une opportunité que l'enfant et sa famille peuvent avoir comme tout un chacun.

Les travaux menés par l’ONE l’ont amené à définir ce qu’il considérait comme des caractéristiques d’un lieu inclusif.

C’est un lieu :

  • qui prend en considération les différentes composantes de l'identité (genre, appartenance culturelle, caractéristiques propres, besoins spécifiques, etc.) dont chacun est porteur ;
  • qui considère chacun·e comme le/la bienvenu·e quelles que soient ses caractéristiques ;
  • où chacun·e peut apprendre de l'autre et s'enrichir des apports de tous ;
  • où chacun·e peut participer activement, en fonction de ses compétences et de ses intérêts et prendre la parole sans être discriminé ou jugé comme non apte ;
  • soutenu par le réseau local dans lequel il s'inscrit. 
 

Cette définition a été construite par le groupe TF handicap et est inspirée des travaux du réseau européen DECET (www.decet.org). Elle concerne tous les lieux où l’Office organise ou accompagne des services.

L’un des objectifs à poursuivre est de mieux informer le public, par des actions non ciblées, sur le caractère inclusif donné aux services de l’ONE. C’est par exemple, au travers de l’action du·de la TMS qui organise l’information sur le lieu de la consultation pour enfants.

Cependant, affirmer la non-discrimination est une première étape, mais elle ne suffit pas. Ce n’est pas parce que les personnes ont la possibilité d’accès qu’elles savent que les services proposés peuvent les accueillir comme tout un chacun. Il faut mettre en place des actions d’«aménagements raisonnables» pour déboucher sur l’inclusion sociale et rétablir l’égalité des chances.

Un enfant dans une structure refusait de s’alimenter, mais les professionnelles éprouvaient des difficultés de communiquer avec la mère car cette dernière ne parlait ni le français, ni l’anglais. L’équipe a fait appel au service du SeTIS [organisme de traduction et interprétariat présent en Région wallonne et à Bruxelles]. Lors d’un échange sur les habitudes de l’enfant, la mère a évoqué qu’elle ajoutait, au repas de l’enfant, une sauce relevée. Le milieu d’accueil a demandé à la mère d’apporter un peu de la sauce épicée pour pouvoir l’ajouter au repas afin que l’enfant retrouve l’appétit.

Du côté de l’accueil des enfants dans des structures d’accueil, des actions proactives gagnent à être mises en place vis-à-vis des personnes qui risquent d’être exclues. Les enjeux sont considérables pour les différents acteurs de l’accueil :

  • pour l’enfant en situation de handicap et les autres : pouvoir être reconnu, chacun, à la fois comme unique et « semblable » aux autres enfants, trouver une place et participer à la vie commune.
  • Pour les parents : constater qu’une place est prévue pour leur enfant et eux, que cette place est pensée, rendue visible, qu’ils sont attendus et bienvenus, avoir la possibilité de poursuivre des activités, de souffler, de prendre distance…
  • Pour les professionnel·le·s : s’adresser à chacun et à tous les enfants, se sentir compétent·e·s et formé·e·s pour accueillir (et non prendre en charge d’une manière spécifique) et rencontrer les besoins des enfants et de leur famille dans une démarche de service universel.
  • Pour la communauté : garantir les conditions d'une société démocratique traversée par des valeurs à la fois de solidarité et de performance, ce qui se concrétise par le travail au quotidien avec l’ensemble des parents, des enfants et des autres acteurs impliqués.

La question au cœur des débats autour de l’accueil de tous est surtout de permettre à chacun et tous les enfants d’apporter, dans un lieu inclusif, sa « biographie originale » (Gardou, 2011) faite de différences et de difficultés, mais également de compétences et de potentialités.