Les résultats de l'enquête

L'Office de la Naissance et de l'Enfance et le Conseil Supérieur de l'Education aux Médias ont mené, au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, une étude auprès des professionnels de l'enfance et des familles avec de jeunes enfants (moins de 6 ans). Cette enquête avait pour objectif d'interroger les usages, des enfants de 0 à 6 ans, des technologies numériques avec écran au sein de leur environnement familial :

  • Quelle est l'utilisation des ordinateurs, tablettes, smartphones, appareils photos, consoles de jeu, téléviseurs au sein de la famille ?
  • Comment les parents appréhendent et gèrent l'usage de ceux-ci par leur enfant ?
  • Quel regard les professionnels de l'enfance portent-ils sur l'utilisation des écrans par les enfants et sur la gestion de celle-ci par les parents ?

Les résultats de cette enquête devraient servir de base pour outiller, tant les familles que les professionnels, à développer un regard critique sur leurs utilisations de ces technologies dans l'éducation des enfants.

L'intégralité des résultats de l'enquête peut être consultée ici.

Nous vous présentons cependant ci-dessous, en résumé, quelques éléments qui pourront vous donner un aperçu des directions prises par ceux-ci.

  1. Contexte
  2. Quelques chiffres
  3. Rencontres avec les parents et les professionnels
  4. Interprétation des résultats et pistes de réflexion

 

1. Contexte

La recherche a été réalisée par le Groupe de Recherche en Médiation des Savoirs (GReMS) de l'Université Catholique de Louvain.

Elle a porté sur deux types de publics :

  1. Les parents d'enfants entre 0 et 6 ans ;
  2. Les professionnels de la petite enfance (en tant qu'acteurs de terrain de première ligne ayant un lien privilégié avec les familles).

L'enquête a revêtu deux formes :

  • Une enquête quantitative par questionnaires.

    • D'une part à destination des parents.

Le questionnaire porte : sur les usages des écrans par leurs enfants dans le cadre familial, sur les pratiques de régulation et d'éducation qu'ils mettent en place à ce sujet, ainsi que sur leurs attitudes à ce propos.

    • Et d'autre part à destination des professionnels.

Un second questionnaire porte sur les échanges qu'ils ont avec les parents concernant les relations enfants-écrans, et sur leurs attitudes à ce propos.

Les questionnaires ont été mis en ligne sur le site www.enfants-ecrans.be de mars à juin 2015.

Grâce à une campagne d'information par canaux multiples (articles, affiche, communiqué de presse, promotion via les consultations pour enfants, les milieux d'accueil collectifs, etc.), ce site a pu être promotionné vis-à-vis du public ciblé.

1197 questionnaires complets ont pu être utilisés pour les résultats de l'enquête, auxquels s'ajoutent 592 questionnaires non complets.

Remarques concernant l'échantillon de répondants :

Comme il ne s'agit pas d'un échantillon aléatoire, mais bien de répondants qui font la démarche eux-mêmes de compléter le questionnaire après en avoir entendu l'existence, il apparaît que l'échantillon semble représenter une population au niveau de scolarité supérieur, plus aisée, et correspondant plus souvent au modèle traditionnel de la famille (deux parents et leurs enfants) que la population wallonne. Si cela amène à être prudent concernant la généralisation de l'interprétation des données, la taille de l'échantillon permet cependant des analyses estimant la différence entre les usages et attitudes en fonction de l'appartenance à l'une ou l'autre catégorie socio-démographique entièrement valides.

  • Une approche qualitative par focus group composés d'utilisateurs parents ou professionnels de la petite enfance. Cette approche qualitative permet de mieux comprendre les opinions et les motivations qui sous-tendent chaque catégorie ainsi que d'évaluer leurs besoins et leurs attentes.

Remarque :

Au terme du questionnaire en ligne, les répondants avaient la possibilité de laisser leur adresse email afin de participer à la deuxième partie de l'étude.
Dès lors, l'enquête par questionnaires a permis d'établir une typologie des familles et des professionnels quant à l'usage et à l'attitude face aux écrans.
Les participants aux focus group ont donc été sélectionnés pour représenter ces catégories.
Au total 3 professionnels et 21 parents ont participé aux focus group.

 

1. Les écrans : quoi, combien, pour quel type de famille ?

Quelle que soit la région habitée, que ce soit à la ville ou à la campagne, que le revenu de la famille soit très élevé ou pas, tous les enfants grandissent dans un environnement familial médiatique.

Figure 1: Pourcentage d'enfants de chaque âge ayant accès à un type d'appareil donné

 

Le nombre d'appareil au sein d'une famille est en moyenne de 7 ou 8, tous appareils confondus (par exemple: 2 tv, 1 tablette, 1 pc, 2 smartphones, 1 appareil photos).

Quelques petites différences sont néanmoins perceptibles selon les caractéristiques socio-économiques :

  • Le niveau de revenu influence le nombre d'appareil mais de façon limitée : il ne s'agit que de posséder environ un appareil de plus.
  • Les parents les plus diplômés sont légèrement moins équipés.
  • Les personnes vivant en ville sont équipés d'environ un appareil de plus que celles vivant à la campagne.

Quelques particularités en fonction du type d'appareil :

TV

  • 65,51% des répondants à l'enquête ne possèdent qu'un seul téléviseur.
  • Presque 10% d'entre eux n'en ont pas.
  • Aucun enfant des parents répondant n'avait de téléviseur à usage personnel (rappelons que l'âge des enfants des parents interrogés varie entre 0 et 6 ans).

PC

  • Presque 55% des répondants n'ont pas d'ordinateur fixe.
  • Quand celui-ci existe, il est le plus souvent localisé dans un espace à usage parental (pour 55%) ou dans un espace familial (pour 39%).

Console et console portable

  • Presque 61% des répondants ont une console de jeux.
  • 30% n'en ont pas du tout.
  • Cette console est le plus souvent utilisée de manière nomade et non localisée à un endroit parental ou familial précis.
  • 77% des répondants ont déclaré n'avoir aucune console de jeux portable au sein de la famille. Parmi ceux qui en possèdent, la majorité n'en possède qu'une.

Ordinateur portable

  • 53% des répondants ont un ordinateur portable.
  • 30% en possède deux.
  • 12% aucun.
  • Certains en possèdent trois ou plus...

Tablette

  • 49% des répondants ont une tablette.
  • 14% en possède deux.
  • 34% aucune.

Smartphones

  • Une majorité de répondants ont déclaré posséder deux smartphones au sein de leur environnement familial (55%).
  • Tandis que 34% aucun.

Lecteur MP3 et multimédia

  • 60% des répondants ont déclaré ne posséder aucun lecteur mp3 ou multimédia.
  • Parmi ceux qui en possèdent, la majorité n'en possède qu'un.

Jouet et écran

  • 83% des répondants ont déclaré n'avoir aucun jouet à écran.
  • Parmi ceux qui en possèdent, la majorité n'en possède qu'un.

Appareil photo

  • 47% des répondants ont déclaré avoir un appareil photos.
  • 34% ont déclaré en posséder deux.
  • Le nombre de répondants en possédant 3 est plus élevé que ceux qui n'en possèdent pas du tout...

 

2. Quel est l'accès des enfants à ces appareils ?

L'appareil auquel l'enfant de moins de 6 ans a le plus habituellement accès est la télévision, suivi en deuxième position, mais de loin, par la tablette tactile. Seul 10% des enfants ont accès à un jouet avec écran.

Un enfant a en moyenne accès à deux types d'appareil avec écran. Plus l'enfant grandit, plus ce nombre évolue (d'1 appareil tous les deux ans).

L'âge moyen d'accès aux appareils varie :

  • Les enfants des répondants qui ont accès à un téléviseur sont âgés en moyenne de 3 ans.
  • Les enfants qui ont accès à une console de jeux sont âgés en moyenne de 4 ans et demi.
  • Ceux qui ont accès à un ordinateur portable ont un peu plus de 3 ans, tandis que ceux qui ont accès à une tablette ont une moyenne de 3 ans et demi.
  • Parmi les enfants qui ont accès à un smartphone, leur âge moyen est de 3 ans.
  • Parmi les enfants qui ont accès à une console de jeux portable, leur âge moyen est de 5 ans.
  • Tandis que les activités les plus fréquemment pratiquées, à savoir : "regarder des vidéos enregistrées" et "regarder des programmes télévisés", se pratiquent par les enfants dont les âges moyens sont de 3 ans et demi.

Attention toutefois, l'âge d'accès à un appareil est aussi influencé par la position dans la fratrie.

 

3. Comment les parents régulent l'usage des écrans par leur enfant dans le cadre familial ?

Interdiction :

  • Parmi les répondants seuls 20% n'instaurent aucun interdit d'utilisation d'écran.
  • 18% des répondants interdisent tout usage d'écran à leur enfant.
  • Les autres interdisent certaines activités et pas d'autres.
  • 4 usages d'écran sont spécialement interdits :
    • les activités qui se pratiquent sur internet et en interaction avec autrui ;
    • publier des photos, dessins, chansons ou vidéos sur le web ;
    • avoir un profil sur un réseau social ;
    • faire des achats en ligne.

Les usages d'écran les moins interdits sont de regarder des vidéos enregistrées et regarder des albums photos.

L'interdit se fait majoritairement par l'expression d'une règle spécifique de l'adulte à l'enfant (75%) plutôt qu'en donnant un conseil ou en intégrant un dispositif de contrôle parentale par ex.

Autorisation :

  • Quand ils autorisent l'usage des écrans, les parents interrogés instaurent des règles d'utilisation : où, combien de temps, comment, avec qui, et pour quel contenu.
  • La majorité des parents (64,50% des répondants) n'encouragent pas leur(s) enfant(s) à utiliser des écrans. Seuls 14% disent encourager à pratiquer certaines activités.
  • Si des encouragements il y a, ils se portent sur l'utilisation de la tablette, de l'appareil photos ou de la caméra. De même les encouragements peuvent se faire dans certaines circonstances : restaurant, voiture, vacances...

Risques/dangers/opportunités/effets positifs :

  • Les parents qui ont répondu à l'enquête se montrent généralement d'accord avec les affirmations concernant les risques, les dangers et les effets négatifs des écrans. Ils considèrent essentiellement les écrans comme néfastes pour leurs enfants :
    • Ils sont particulièrement d'accord avec l'affirmation selon laquelle "Les écrans nuisent au repos des enfants".
    • Tout comme avec l'affirmation "Les écrans isolent les enfants des autres enfants et des adultes".
  • Ils sont principalement en désaccord avec les affirmatives relatives aux opportunités et aux effets positifs des écrans. Ils ne voient donc pas un intérêt, pour les enfants, à utiliser des écrans :
    • Ils sont particulièrement en désaccord avec l'affirmation selon laquelle "Les écrans aident les enfants à se faire des amis".

La majorité de répondants pensent qu'un enfant a besoin de règles quand il utilise un écran, et qu'il a besoin d'être préservé de certains contenus par rapport aux écrans.

De même la majorité n'est pas d'accord avec le fait qu'un enfant doit développer sa créativité à l'aide d'un écran.

 

4. Que pensent les professionnels ?

Des professionnels du secteur médico-social (assistants sociaux, infirmières, médecins généralistes, pédiatres, psychologues, logopèdes, psychiatres, psychomotriciens, référentes éducation santé), de l'accueil (auxiliaires en puériculture, puéricultrices, accueillantes d'enfants) et de l'éducation (instituteurs en maternelle, en primaire, animateurs, éducateurs, coordinateurs, directeurs, enseignants) ont également répondu à l'enquête.

Limite, permissions, est-ce bon ou mauvais ? ... sont autant de questionnement généralement abordé entre le professionnel et le parent concernant l'usage des écrans par les petits.

Il ressort de l'enquête que les professionnels de la petite enfance considèrent les écrans comme néfastes pour les enfants :

  • 76% des professionnels répondant à l'enquête sont d'accord avec l'affirmation que les écrans nuisent au sommeil des enfants, tout comme les parents ayant répondu également.
  • 74% sont également d'accord avec l'affirmation que les écrans confrontent les enfants à des choses qui ne leur conviennent pas.
  • 74% sont d'accord avec l'affirmation que les écrans isolent les enfants des autres enfants et des adultes.

Les professionnels ne sont principalement pas d'accord avec les affirmations relatives aux opportunités et aux effets positifs des écrans sur les enfants. Ils ne voient pas d'intérêt pour les enfants de 0 à 6 ans d'utiliser des écrans.

Les professionnels privilégient les attitudes de précaution et de prévention par rapport à l'utilisation d'écran par des enfants :

  • 85% d'entre eux estiment qu'un enfant a besoin de règles quand il utilise un écran.
  • 85% estiment qu'un enfant a besoin d'être préservé de certains contenus devant un écran.
  • 65% des répondants n'est pas d'accord avec le fait qu'un enfant doit développer sa créativité à l'aide d'un écran.

 

3. Rencontres avec les parents et les professionnels

Les chiffres présentés ci-dessus sont les résultats de l'analyse des réponses à un questionnaire électronique. Pour compléter ces résultats, les chercheurs ont rencontré, via la constitution de groupes, quelques parents et professionnels pour approfondir la thématique.

  1. Rencontre avec les parents qui se définissent comme défavorables à l'utilisation des écrans par leur enfant
  2. Rencontre avec les parents qui se définissent comme les moins défavorables à l'utilisation des écrans par leur enfant
  3. Rencontre avec les parents qui se définissent comme se situant entre ces deux positions
  4. Rencontre avec les professionnels

 

1. Rencontre avec les parents qui se définissent comme défavorables à l'utilisation des écrans par leur enfant

Les parents qui se définissent comme défavorables à l'utilisation des écrans par leur enfant perçoivent de multiples dangers à leur usage : risque pour la santé (passivité, déconcentration, qualité du sommeil médiocre, addiction), mauvaise humeur, impact sur la qualité de la vue.

Pour eux, les écrans entravent le rapport au réel de l'enfant et l'apprentissage de la langue. Ils limitent la créativité et l'imagination des enfants qui ne trouveraient plus d'intérêt dans d'autres activités proposées.

Ces parents craignent l'influence négative de certains contenus comme les publicités, ou les effets pervers des réseaux sociaux qu'ils identifient : harcèlement, publication dégradante, intrusion dans la vie privée, superficialité (cours aux "like").

Ils craignent également que les règles d'usage des écrans qu'ils ont établis au sein de leur famille ne soient pas respectées dans les autres environnements et que leur enfant subisse une pression sociale à l'usage d'écrans.

Quand on interroge ces parents sur les opportunités et les effets positifs qu'auraient les écrans, ces parents estiment que les écrans présentent des opportunités éducatives, qu'ils offrent également des moments de détentes et de loisirs, néanmoins, ils souhaitent qu'ils ne restent qu'une alternative aux jeux et activités sans écran.

Ces parents admettent que les écrans peuvent également être une source d'interaction avec les autres et qu'une ouverture aux écrans est nécessaire pour ne pas pénaliser l'enfant plus tard mais qu'elle doit être occasionnelle.

Ces parents insistent sur les limites de temps, de lieux et de contenu quant à l'usage des écrans ainsi que sur leur contrôle.

Pour ces parents :

  • Il est important de sélectionner les programmes et les jeux afin de pouvoir présenter un contenu adapté à l'âge.
  • Les enfants doivent être accompagnés d'adultes lorsqu'ils utilisent les écrans afin de leur expliquer ce qu'ils voient et entendent.
  • L'usage des écrans par les parents eux-mêmes doit se faire lorsque les enfants sont couchés.
  • Il est important d'apprendre aux enfants à utiliser les écrans.
  • Il est nécessaire de sensibiliser les parents à l'usage des écrans par leurs enfants parce que ceux-ci se soucient trop peu des écrans tant au niveau des usages, des risques et des effets positifs.
  • Il est nécessaire de pouvoir disposer d'information mais aussi de formation leur permettant d'accompagner leur enfant : guide de bonnes pratiques, liste de bonnes applications, recueil de témoignages, séances d'information.
  • Il serait utile que les professionnels puissent proposer des alternatives aux écrans : qu'est-ce que les professionnels de la petite enfance peuvent suggérer pour occuper, divertir, éduquer, calmer les enfants autrement que par les écrans ?
  • Les enseignants devraient jouer un rôle dans l'utilisation des médias.

Ces parents basent leur position d'une part à partir des informations véhiculées par les journaux télévisés, les slogans, les campagnes ("Pas d'écran avant 3 ans"), les études menées à ce sujet et d'autre part à partir de leur sentiment d'être envahi, sans pouvoir le maîtriser, d'écrans dans leur vie personnelle. Enfin les parents, dont le métier est l'enseignement, constatent les effets négatifs des écrans sur leurs élèves.

 

2. Rencontre avec les parents qui se définissent comme les moins défavorables à l'utilisation des écrans par leur enfant

Cette catégorie de parents perçoit les écrans comme pouvant être des outils éducatifs ou ludiques en fonction du sens que le parent va leur donner et de la relation que le parent va permettre à l'enfant d'avoir avec l'écran :

  • Les écrans sont utilisés en fonction d'un objectif : divertir, permettre à l'enfant de rester tranquille pendant qu'on s'occupe de ses cheveux, rester en contact avec quelqu'un via skype...
  • Les écrans sont considérés comme des moyens d'apprentissage qui complètent les moyens classiques (pour apprendre à lire l'heure par exemple). Ils rendent l'information à portée de mains (entendre le cri d'un animal, voir la naissance d'un poussin), information à laquelle l'enfant n'aurait pas accès sans l'écran.
  • Les écrans sont perçus comme des outils "d'ouverture d'esprit et au monde" dont le but est "l'autonomie des enfants".

Les parents de cette catégorie ne se voient pas priver leurs enfants d'utiliser les écrans car eux-mêmes en ont une utilisation personnelle, qui leur procure plaisir et détente. Les écrans représentent également pour eux des outils d'interaction sociale.

Par ailleurs, ils sont nombreux à travailler avec les écrans.

Cette omniprésence des écrans dans leur vie quotidienne est une des raisons pour lesquelles ils se montrent ouverts aux activités sur les écrans et, permettent à leurs enfants d'y avoir accès.

Ces parents pensent qu'il est plus judicieux d'apprendre aux enfants à utiliser les écrans qui sont dorénavant partout plutôt que de leur interdire. Ils estiment qu'il serait nécessaire de développer l'éducation à l'image et l'esprit critique des enfants, dans les lieux fréquentés par eux, et notamment à l'école.

Ces parents reconnaissent cependant que les écrans présentent des risques pour la santé de leur enfant :

  • effet potentiellement dangereux des ondes ;
  • risque de dépendance ;
  • craintes face aux contenus inadaptés en fonction de l'âge ;
  • craintes face à la difficulté pour l'enfant de gérer ses émotions en visionnant un contenu qui les dérange ;
  • risque d'utiliser les écrans dans une optique occupationnelle.

Les parents de cette catégorie imposent également des règles, mais qui favorisent le bon fonctionnement de la famille au quotidien :

  • l'usage des écrans doit être dosé selon l'âge de chaque enfant ;
  • le temps consacré est discuté avec les enfants ;
  • les écrans doivent être installés et utilisés au rez-de-chaussée afin qu'ils soient accessibles à chacun et, que les parents puissent surveiller l'activité de leurs enfants ;
  • tout usage d'écran par l'enfant doit être accompagné afin de pouvoir discuter avec lui et lui donner des explications.

Ils pensent que les parents eux-mêmes doivent réfléchir à leur propre usage des écrans car celui-ci peut influencer celui de leur enfant :

  • Ces parents proposent de mener des campagnes qui visent les parents.
  • Ils souhaiteraient des moments de rencontre entre parents afin d'échanger sur les pratiques (les règles, les encouragements, les limites).

Ces parents estiment qu'il n'y a pas de mode d'emploi tout fait, et qu'il faut avancer avec les enfants et l'évolution de la société.

Enfin, ces parents sont sensibles aux avis des professionnels de santé et de l'enfance concernant l'utilisation des écrans par leur enfant.

 

3. Rencontre avec les parents qui se définissent comme se situant entre ces deux positions

Les parents qui se présentent comme ni totalement, ni peu défavorables, expriment des risques et des dangers similaires aux deux catégories de parents précédentes :

  • risque de perte d'imagination et de créativité ;
  • danger pour l'apprentissage ;
  • risque de contenu non adapté ;
  • risque pour la santé (difficulté de concentration, perturbation du sommeil, perte de sociabilité).

Les propos des parents de cette catégorie rejoignent ceux des deux catégories précédentes :

  • Ils estiment que les écrans sont autant divertissants qu'éducatifs.
  • Les écrans permettent une ouverture au monde ainsi que le développement de l'esprit critique et du langage.
  • Les écrans aident également les parents quand ils n'ont pas le temps de s'occuper de leurs enfants.
  • Ces parents imposent également des règles de temps et de lieux ainsi que de circonstances (exemple : pas quand il y a des invités).
  • Ces parents estiment également qu'il faut éduquer le plus tôt possible les enfants aux médias : notamment à comment les utiliser.
  • Les parents qui appartiennent à cette catégorie souhaitent voir une plus large diffusion de messages de prévention quant aux effets néfastes des écrans. Par ailleurs, ils aimeraient également que ces messages soulèvent des interrogations et poussent les parents au questionnement.

Ces parents se basent sur les messages de prévention relatifs à l'usage des écrans. Ils sont sensibles aux signalétiques des programmes et des jeux, néanmoins certains font leur propre sélection des applications, des dessins animés ou des films pour leurs enfants. Pour ce faire, ils s'informent sur des sites web qui recommandent des applications ou des jeux pour les plus jeunes.

Ces parents estiment que les écrans ne sont pas indispensables et qu'il faut prévoir des moments de partage, de communication et de convivialité avec des activités sans écran, comme celles qu'ils pratiquaient lorsqu'ils étaient enfants.

 

4. Rencontre avec les professionnels

Trois professionnels du secteur de la petite enfance ont été rencontrés. Ces professionnels s'accordent pour dire que l'utilisation des écrans n'est pas à interdire.

Ils estiment cependant :

  • qu'il est nécessaire d'alterner les activités sur les écrans et les activités sans écran ;
  • que toutes les activités pratiquées par les enfants sur les écrans doivent être accompagnés. Il s'agit de ne pas les laisser seuls, de leur (re)expliquer ce qu'ils ont vu ou fait, mais également d'exercer un contrôle ;
  • qu'il y ait des règles de temps (notamment pas avant d'aller dormir), de contenu, mais aussi du volume sonore (pas trop élevé), etc. ;
  • qu'il est important de donner des idées de choses que l'on peut faire avec des enfants et ce, avec peu de moyens (autre que d'utiliser un écran) ;
  • qu'il est important d'avoir un message positif plutôt qu'un message d'interdiction.

Ces professionnels insistent auprès des parents sur l'intérêt du jeu/du livre pour le développement de l'imaginaire et des habilités de l'enfant, mais également pour être actif et non pas passif devant un écran.

Ces professionnels visent à valoriser ce que les parents font déjà et, à partir de leur pratique, à leur proposer des alternatives, des pistes de réflexion sur l'usage des écrans par leurs enfants. Ils souhaitent sensibiliser sur les effets négatifs, mais également positifs des écrans.

 

4. Interprétation des résultats et pistes de réflexion

Face aux résultats des questionnaires et des rencontres avec les parents et les professionnels, les chercheurs ont émis quelques constats et interprétations :

  1. Les écrans sont partout
  2. Le nombre d'écrans au sein de l'environnement familial contraste avec la méfiance et les inquiétudes des parents liées à leur usage par les enfants
  3. Le fruit défendu
  4. Parents et professionnels sur la même longueur d'onde
  5. Les risques jugés plus importants que les bénéfices

 

1. Les écrans sont partout

Avec six types d'appareils différents par famille, les écrans sont omniprésents dans le quotidien familial, au point parfois de se faire oublier : il y a les écrans que les parents remarquent et auxquels ils font attention : la télévision, les tablettes, les ordinateurs et les jeux. Il y a aussi des écrans invisibles : ceux des appareils photos, des caméras, des GPS, et de toutes les machines où le cadran et les touches ont fait place à une image électronique et des surfaces tactiles.

Les enfants grandissent désormais dans des environnements riches en écrans et en technologies numériques :

  • S'il existait une "fracture médiatique" entre les familles très équipées en écrans et celles qui en ont très peu, cette fracture ne suivrait ni la courbe des revenus, ni celle des études.
  • Les enfants accèdent à davantage d'écrans à mesure qu'ils grandissent, au rythme moyen de presque un appareil en plus tous les deux ans.
  • Le fait d'avoir plus de frères et de soeurs augmente l'accès et l'usage des écrans par les petits. D'autre part, la présence d'enfants aînés dans la fratrie diminue légèrement la tendance des parents à limiter l'accès des enfants aux écrans.
  • Le téléviseur reste l'écran le plus utilisé, mais la tablette gagne du terrain, d'autant qu'elle est transportable dans ou hors de la maison.
  • Une petite frange de parents n'est équipée d'aucun écran ou au minimum, d'un ordinateur portable, par choix délibéré. La justification n'est pas économique. Elle relève d'un choix conscient et se retrouve plutôt du côté des parents très scolarisés.

 

2. Le nombre d'écrans au sein de l'environnement familial contraste avec la méfiance et les inquiétudes des parents liées à leur usage par les enfants

Si une famille possède en moyenne 6 types d'appareil différent et environ 8 à 9 appareils à écran en tout, la perception des risques liés à l'usage des écrans par les enfants est plus grande que celle des bénéfices que ces écrans pourraient apporter à leurs enfants :

  • La majorité des parents et des professionnels pensent qu'il y a mieux à faire pour un enfant de 6 ans que de rester devant un écran.
  • La tendance est à limiter (voire interdire) plutôt que d'accompagner ou encourager l'usage des écrans.

Entre les opinions générales, les attitudes et les pratiques déclarées par les parents, les écarts sont cependant importants :

  • Ainsi les parents déclarent majoritairement qu'il n'est pas souhaitable qu'un enfant communique avec son entourage via des écrans, mais les pratiques montrent que de nombreux enfants le front dès qu'ils parlent.
  • Autre écart, les parents incriminent la passivité induite par le visionnement des programmes télévisés et des films, mais ils sont très peu nombreux à déclarer inciter les enfants aux activités les moins passives sur écran, comme le jeu, le dessin, la prise de vue, la publication ou la gestion de collections.
  • Enfin, si les parents sont très nombreux à craindre les effets des images sur le développement de leur enfant, ils se méfient de la publicité beaucoup moins que d'autres contenus, alors que la publicité est par excellence le genre médiatique exclusivement destiné à agir sur les attitudes et sur les comportements des cibles.

 

3. Le fruit défendu

L'opposition manifeste entre l'omniprésence des écrans dans l'espace familial et la suspicion des parents et éducateurs envers leurs utilisations par les enfants invite à penser que les écrans tendent à avoir un statut de "fruits défendus".

Une question s'impose : dans quelle mesure la suspicion des parents et éducateurs ne viendrait-elle pas d'une relation personnelle problématique avec les écrans, basée elle aussi, sur le sentiment que l'usage des écrans peut mettre en péril la qualité de la vie personnelle et sociale ? Existe-il une difficulté, chez les adultes eux-mêmes, à faire des écrans un usage raisonné et positif, où opinions et pratiques vont de pair ?

 

4. Parents et professionnels sur la même longueur d'onde

Les réponses des parents et celles des professionnels ne présentent que très peu de différences. Les parents et les éducateurs s'accordent sans exception sur l'importance de l'éducation à l'écran.

Lorsque les professionnels de la petite enfance cherchent à sensibiliser les parents aux dangers pour l'enfant d'utiliser les écrans, les mises en garde trouvent aisément un écho chez la plupart des parents, car ceux-ci partagent la même opinion.

Cette correspondance étroite entre les attitudes des professionnels et celles des parents relève vraisemblablement plus du fait de leur participation à une idéologie commune générée par les médias ou par d'autres leaders d'opinion.

Il ressort de cette enquête que les enjeux des écrans préoccupent fortement les parents, malgré le sentiment que peuvent parfois avoir les professionnels.

 

5. Les risques jugés plus importants que les bénéfices

L'utilisation d'écran par des enfants de 0 à 6 ans n'est jugée positivement ni par les parents, ni les professionnels.

Tous adoptent des attitudes régulatrices plus soucieuses de limiter globalement les usages que d'en encourager certains qui seraient éventuellement considérés comme bénéfiques (telles que les activités de création, d'expression et de communication sociale).

Peu de parents déclarent faire des écrans des objets éducatifs positifs. Ils n'y voient pas un moyen de développement des enfants. Les écrans sont associés à leur fonction traditionnelle consistant à montrer des images et des sons à des spectateurs passifs.

Or les nouvelles technologies ont développé de nouvelles fonctions des appareils à écran qui permettent de collecter et de construire de l'audiovisuel, mais cette évolution semble peu prise en compte par les parents et les professionnels interrogés.

Parents comme professionnels sont unanimes à déclarer la nécessité d'éduquer les enfants aux écrans, mais sans pourtant parvenir à décrire par quelle(s) attitude(s) positive(s) passe cette éducation et à quelles compétences précises elle doit mener les enfants.

La situation paradoxale de posséder au sein de l'espace familial tant d'objets jugés néfastes pose question. Elle souligne probablement le besoin pour les parents d'y voir plus clair sur leur propre usage et attentes des écrans, qu'ils utilisent parfois abondamment.

Dès lors, développer davantage de campagnes de sensibilisation à des problèmes précis, liés à des usages spécifiques, mais également développer des propositions de conduites éducatives auprès des parents, compatibles avec la vie familiale réelle et les environnements médiatiques concrets d'aujourd'hui semblerait répondre à un réel besoin.

 

Les recommandations de l'ONE

Les recommandations issues de l'étude s'articulent autour de 5 axes :

  1. Identifier l'environnement de l'enfant : Il s'agit pour les parents et les professionnels d'identifier le cadre de vie de manière réaliste, de faire le point sur l'environnement de l'enfant. C'est l'étape de la prise de recul.
  2. Trouver l'équilibre : Face à la multitude d'activités de l'enfant, il est important d'organiser un équilibre adapté. En termes d'usage des écrans numériques, cela implique d'imposer certaines règles afin de gérer concrètement cette régulation nécessaire.
  3. Privilégier le dialogue : Il ne faut pas être expert en nouvelles technologies pour accompagner son enfant dans le dialogue et la confiance. Cette interaction régulière permet à l'adulte accompagnant d'identifier ses habitudes ou toute situation problématique.
  4. Etre positif :  Généralement, les risques apparaissent plus concrètement dans les esprits que les opportunités qui sont sous-évaluées. Pourtant, des aspects non-négligeables des bénéfices apportés par les NTIC existent (développement de la créativité, stimulation de l'imaginaire, amélioration des capacités d'attention, etc.).
  5. Poser un cadre : Le rôle de l'adulte est de délimiter, en fonction des valeurs qu'il souhaite transmettre, du contexte familial et des spécificités de chaque enfant (âge, compétences, connaissances), les conditions d'usage des écrans. Le cadre proposé à l'enfant peut donc varier fortement d'un cas à l'autre sans que la valeur de ce cadre n'en soit altéré.

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